POUDRE BLANCHE d'AMIDON POUR PERRUQUES 

 

Poudre blanche des perruquiers merlans

La poudre blanche d'amidon présentée ici est celle utilisée fin XVIIè et XVIIIè siècle par les perruquiers posticheurs au service des coiffures Royales, nobles puis bourgeoises jusqu'à la Révolution française. Il ne s'agit donc pas ici d'un article relatif à un produit contemporain, mais plutôt d'une page d'histoire, récréative.

 

 

Pourquoi poudrer les perruques ? 

On a commencé par se poudrer ses propres cheveux naturels. C'est seulement au début du XVIIIè siècle que les perruques elles-mêmes sont poudrées. Les personnages de la très haute société se faisaient poudrer la perruque tous les jours. Ils pouvaient même posséder une perruque différente pour chaque jour de la semaine.

Pourquoi le poudrage ? Pour deux raisons : pour l'hygiène et pour l'apparence.

Hygiène. Se laver les cheveux tous les jours, tous les deux ou trois jours n'est qu'une habitude très récente au regard de l'Histoire. Le poudrage faisait donc office de "shampoing", non pas nettoyant, mais camouflant. La poudre dissimule la crasse qui s'accumule. Elle fait également barrage aux infections capillaires. Ces siècles, moins hygiéniques qu'aujourd'hui, prêtaient aux contaminations, fréquentes. Une bonne épaisseur de poudre captait donc les agents infectieux qui s'y embourbaient.

Apparence. Les hommes préféraient les perruques absolument blanches, tandis que les couleurs pastel, rose clair, violet clair, bleu-gris très clair étaient plutôt réservées aux femmes (quoiqu'une confusion des genres se soit parfois manifestée). Les personnages socialement élevés arboraient la blancheur, le clair, afin de se distinguer des paysans et gens du peuple, souvent sales et dont le teint était hâlé parce qu'ils devaient travailler sous le soleil.

 

 

Les différentes préparations de poudre pour perruque 

Comme nos shampoings modernes sont parfumés avec telle ou telle essence, les poudres aussi étaient parfumées aux extraits de fleurs, de racines, de mousses. Il était donc possible de choisir sa senteur. L'ouvrage présenté ci-dessous, datant de 1693 et de la plume d'un certain Simon BARBE, parfumeur royal, présente diverses préparations de poudres alors usitées. 

 

Traité des poudres pour les cheveux, Simon Barbe, 1693

 

Il nous explique que toutes les poudres blanches étaient confectionnées avec de l'amidon (de blé surtout, parfois de riz). Il s'agissait là de l'ingrédient de base. Il existait pourtant tout un éventail de poudres blanches, les unes économiques, les autres haut de gamme, mais la valeur de chacune dépendait d'autres facteurs, la finesse de la farine d'amidon, plus ou moins bien tamisée, et le parfum qu'on lui apportait par l'ajout de telle ou telle essence florale : fleur d'oranger, de rose commune ou musquée, de jasmin, ou de jonquille. On pouvait également la parfumer de mousse de chêne ou de racine d'iris.

Notre Simon BARBE explique tout cela par le détail. Son livre est généraliste, abordant la parfumerie dans sa globalité. Seul un chapitre est  spécifiquement consacré aux poudres d'amidon parfumées pour cheveux. Les 4 pages ci-dessus sont extraites de cet ouvrage archivé et rendues disponibles à la lecture par la Bibliothèque Nationale de France (bnf) - (cliquez ici).

 

 

 

Les coiffeurs merlans enfarinés...

Dans le langage argotique, on appelle parfois le coiffeur un merlan. Mais pourquoi donc ? Et bien tout simplement parce que les perrruquiers-coiffeurs pouvaient sortir d'une opération de poudrage tout recouvert de farine, comme un merlan que l'on s'apprête à griller. D'où le surnom de merlan qui leur fut donné.

Le coiffeur merlan enfariné

 

 

Les soldats et les perruques poudrées

La perruque blanche poudrée à l'amidon valait très cher. Or, on constate sur certaines représentations que les simples soldats pouvaient figurer ainsi coiffés et poudrés. En réalité, les fantassins ne portaient pas de perruques poudrées, mais graissaient leurs propres cheveux qu'il poudraient ensuite à la craie.

 

 

 

Fin des perruques poudrées 

Fin XVIIIè siècle, les moeurs changent. L'établissement des futurs USA, la Révolution française, mettent fin au style si précieux d'une noblesse européenne sans doute bien trop éloignée de la réalité quotidienne vécue par chacun. Les gens du peuple, qui éprouvent des difficultés à se nourrir, grondent en disant que s'il n'y a plus de farine pour faire le pain, c'est qu'elle est tout entière sur les perruques des nobles. Le port des perruques et le poudrage des cheveux disparaîssent avec les têtes elles-mêmes, guillotinées. Il persiste encore quelques temps en Angleterre. Mais quand le premier ministre William Pitt (le jeune) impose en 1795 une taxe sur la poudre à cheveux, perruques et poudres tomberont également dans l'oubli.

 

 

 

 

 

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